Beaucoup de sel. Du froid. Et presque pas d’oxygène. Des conditions extrêmes qui ressemblent aux caractéristiques de certaines régions martiennes. Pourtant, ce sont celles d’une source bien terrestre. Une source à la surface de laquelle des chercheurs viennent de découvrir des microbes vivants, qui pourraient donc aussi bien… s’être développés sur Mars !


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    Le Nunavut, c'est le territoire qui s'étend le plus au nord du Canada. Et quelque part au Nunavut, il est une source que l'on pourrait presque qualifier d'un autre monde. Lost Hammer Spring, c'est la source la plus froide des sources connues à ce jour sur notre Terre. Son eau traverse 600 mètres de pergélisolpergélisol avant d'arriver à la surface. Sa température ne dépasse jamais les 0 °C. Pourtant, elle ne gèle pas. Parce que Lost Hammer Spring est aussi la source d'eau la plus salée des sources connues sur notre Planète. Une salinité de l'ordre de 24 %. Loin des 3,5 % de la mer Méditerranéemer Méditerranée, mais aussi des 34 % de la mer Mortemer Morte.

    Et si les scientifiques évoquent une source d'un autre monde, c'est parce que ces conditions extrêmes leur rappellent celles qui existent dans certaines régions de Mars, notamment. D'autant que Lost Hammer Spring ne contient presque pas non plus d'oxygène. Une opportunité unique pour les chercheurs de mieux comprendre le type de formes de vie qui pourraient exister sur la Planète rouge.

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    Des études avaient déjà permis de mettre au jour la possibilité pour certains microbes de se développer dans de tels environnements extrêmes. Mais aujourd'hui, des chercheurs de l’université McGill (Canada) rapportent avoir découvert, dans des sédimentssédiments prélevés du côté de Lost Hammer Spring, des microbes jamais encore observés par le passé. Et plus important encore, des microbes vivants et actifs.

    Des microbes vivants ont été découverts dans des sédiments de surface dans l’environnement extrême de <em>Lost Hammer Spring</em> (Canada). Ils pourraient constituer un modèle de vie sur Mars. © Elisse Magnuson, université McGill
    Des microbes vivants ont été découverts dans des sédiments de surface dans l’environnement extrême de Lost Hammer Spring (Canada). Ils pourraient constituer un modèle de vie sur Mars. © Elisse Magnuson, université McGill

    Percer le secret de la survie de ces microbes

    Cela n'a pas été chose aisée. Parce que la salinité de l'eau ne rend pas seulement la vie difficile. Elle complique aussi le travail des chercheurs. Ils sont tout de même parvenus à extraire une centaine de ces micro-organismesmicro-organismes. À en isoler et à en extraire l’ADN pour reconstruire leur génomegénome grâce à des outils de pointe. De quoi comprendre comment des microbes peuvent survivre dans cet environnement extrême.

    « Les microbes de Lost Hammer Spring sont surprenants. Ils n'ont pas besoin de matière organique ou d'oxygène pour vivre », raconte Lyle Whyte, chercheur, dans un communiqué de l’université McGill. « Ils survivent en mangeant des composés inorganiques simples tels que du méthane, des sulfures, des sulfates, du monoxyde de carbonemonoxyde de carbone et du dioxyde de carbonedioxyde de carbone. »

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    Le résultat est enthousiasmant. Car tous ces ingrédients sont aussi disponibles sur Mars. Mais pour savoir si de tels micro-organismes ont pu exister sur la Planète rouge - et existent peut-être encore -, les chercheurs devront aller un peu plus loin. Cultiver ces microbes - les plus actifs d'entre eux, surtout - pour comprendre pourquoi et comment ils prospèrent dans les environnements extrêmes. Et peut-être aussi, pour aider à interpréter les étonnants isotopes de soufresoufre et de carbone découverts dans le cratère Gale par le roverrover de la NasaNasa, CuriosityCuriosity.

    En attendant d'en savoir plus, l'Agence spatiale européenneAgence spatiale européenne (ESA) a d'ores et déjà décidé d'exploiter les échantillons de sédiments recueillis du côté de Lost Hammer Spring pour tester les capacités de détection de la vie des instruments qui doivent être embarqués à bord de sa mission ExoMars.